Par Alex Lapointe (agr.),
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Depuis quelques temps, Lactanet offre un nouveau service : ProfiLab. Celui-ci permet d’avoir un aperçu du profil d’Acide gras (AG) du lait produit par votre entreprise. Les AG sont définis comme étant une chaîne de carbone de différentes longueurs saturés (ne comportant pas de double liaison) ou mono ou polyinsaturés (une ou plusieurs doubles liaisons, respectivement). Le profil d’acide gras du lait peut s’avérer utile dans l’analyse et le diagnostic de différentes situations à la ferme. Par exemple, il permettra de valider des observations faites à la ferme ou de mieux comprendre certaines variations des composantes du lait. Dans ce rapport, nous trouvons trois grands groupes d’AG différents : de novo, mixtes et préformés. La proportion d’acides gras polyinsaturés qui font partie des préformés est aussi indiquée.

Les trois grands groupes d’acides gras et leurs significations
Les AG de novo composent le premier groupe, ceux-ci sont des AG à chaînes courtes comportant de quatre à quatorze atomes de carbone. Dans le lait, ils sont synthétisés dans la glande mammaire avec les acides acétiques et butyriques issus de la fermentation ruminale. Ceux-ci sont donc un très bon indicateur de santé de la glande mammaire et de l’efficacité de la fermentation ruminale. En conditions optimales, les bactéries du rumen fermentent les glucides pour produire l’acide acétique (chaine de deux atomes de carbone) et l’acide butyrique (chaîne de quatre atomes de carbone). La glande mammaire prend donc ces acides et les assemblés pour former les acides gras de novo.

Le deuxième groupe d’AG sont les mixtes. Ce sont des chaînes de 16 atomes de carbone, ils peuvent à la fois provenir de l’alimentation des vaches ou être formés par la glande mammaire. Dans l’alimentation des vaches laitières ils proviennent en majeure partie des sources de gras dérivant de l’huile de palme. Ceux-ci peuvent donc directement se rendre dans le profil d’acide gras du lait s’ils sont ajoutés à la ration.

Les AG préformés sont quant à eux des AG arrivant dans la glande mammaire déjà prêts à être incorporés dans le lait. Ils peuvent provenir d’une mobilisation corporelle de la vache qui utilise ses réserves de graisses pour ensuite fournir une source de gras dans le lait. Ils peuvent aussi provenir de la ration soit de gras inerte (le fameux ajout de « palmite » en est un exemple) ou du gras contenu dans les fourrages.

Parmi les AG préformés certains sont polyinsaturés (plusieurs doubles liaisons sur les chaines de carbone), le profil permet de voir plus en précisions ce type d’AG puisque celui-ci a une corrélation négative avec le gras du lait. De façon naturelle, les bactéries du rumen sont aptes à enlever ces doubles liaisons pour revenir à des AG mono-insaturés ou saturés grâce au processus de biohydrogénation. Toutefois lorsque les AG polyinsaturés sont présents en trop grande quantité, le rumen ne peut les biohydrogéner tous et le résultat peut être une chute du taux de gras. On remarquera alors une plus grande proportion de ces AG dans le lait.

En pratique ça fait quoi ces acides gras là ?
Deux types d’AG sont majoritairement importants à vérifier et analyser. La proportion d’acides gras de novo donne une très bonne indication de la qualité de la fermentation dans le rumen ainsi que de la santé de la glande mammaire. Une chute de la proportion d’AG de novo peut être causée par une baisse de consommation des vaches, un problème d’acidose, un manque de fibres dans la ration, etc. Fait intéressant à noter, les AG de novo peuvent aussi être influencés par des conditions de stress chez la vache laitière. En effet, une trop forte compétition à la mangeoire, un nombre de logettes insuffisant, un stress thermique (Liu et al., 2017), etc., sont tous des facteurs pouvant affecter la synthèse d’AG de novo. Les acides gras polyinsaturés sont l’autre groupe à surveiller attentivement, puisqu’ils peuvent être précurseurs de problèmes. Une augmentation de ceux-ci peut indiquer des problèmes d’acidose ruminale qui altéreront le processus de biohydrogénation du rumen. Cela peut aussi indiquer une augmentation du gras dans la ration pouvant provenir des fourrages ou de sources de gras autres.

Cet outil est donc un ajout à tout l’arsenal qui est à votre disposition pour diagnostiquer certains problèmes ou pistes d’améliorations de résultats agronomiques dans votre entreprise. Consultez votre expert-conseil pour en savoir plus sur le sujet.