Un texte par Marie-Philip Brisson
Experte-conseil
marie-philippe.brisson@unifrontieres.coop

L’année 2019 fût certainement une année des plus contraignantes pour les producteurs laitiers! D’une part, nous avons constaté très tôt que plus de 70 % des prairies avaient subi des mortalités au printemps, qui s’en est suit par les semis très tardifs, un printemps très froid et finalement une gelée et une neige hâtive. Disons-le, ce fut une année exceptionnelle, du jamais vue en 30 ans pour certains. Toutefois, il faut se détromper : ce genre de situation, bien qu’on ne le souhaite pas, pourrait se subir à nouveau plus rapidement qu’on ne le pense! En effet, lorsque nous comptabilisons les résultats des quatre dernières années, dame nature a eu plus d’effets négatifs sur nos récoltes qui se répercutent par conséquent dans les états financiers de nos fermes.

Ainsi, certains d’entre vous par manque d’inventaire, ont dû débourser de grandes sommes pour obtenir des fourrages pour l’alimentation du
troupeau pour compenser les pertes aux champs. « Le foin est cher » selon plusieurs! En effet, le foin transigé sur le marché au printemps variait de 300 à 400 $/tonne de matière sèche. Certainement plus cher payé que celui de l’an dernier, cependant, lorsqu’on compare à nos coûts de production, est-il si cher que ça ?

En observant le graphique 1 qui compare les coûts de production en relation avec les rendements observés dans les luzernières, nous pouvons constater que depuis les quatre dernières années, les coûts de production frôlent les 300 $/tonne de matière sèche. Les coûts de production ont augmenté, mais les rendements ont l’effet opposé, avec une diminution de près de 40 % pendant la même période de temps. Les baisses de rendements ont une répercussion directe sur les coûts de production. En effet, l’année d’établissement ne procure aucun gain sur la récolte et par conséquent, le rendement négatif de la production de luzerne de l’année d’établissement doit être réparti sur les années de production subséquentes. Ce phénomène s’accentue lorsque les pertes de rendements sont étalées aux rotations plus courtes, voire de deux ans au lieu de quatre. À cela, se rajoute les coûts de la semence et la fertilisation associée à l’établissement et les coûts d’opération de récoltes qui restent les mêmes malgré les rendements plus faibles.

Bien que la luzerne ait eu de la difficulté avec les conditions climatiques des dernières années, cela ne semble pas être le cas pour la culture du maïs ensilage. Cette dernière demeure la plante de dépannage de prédilection grâce à son rendement qui oscille en moyenne à 17 tonnes MS/ha. En observant le graphique 2, nous pouvons constater que le maïs ensilage est une plante qui démontre de la constance dans son rendement malgré les conditions climatiques plus difficiles des dernières années. Par conséquent, les coûts de production ont varié de 147 $ à 170 $/tonne de matière sèche. C’est pourquoi nous voyons une plus grande tendance vers des rations composées à plus de 80 % à base de maïs ensilage puisque son rendement fourrager/ha devient aussi intéressant en alimentation animale qu’il l’est pour votre portefeuille! De plus, lorsque nous considérons le prix des terres de nos régions, il devient plus avantageux d’en tirer le plus grand potentiel en rendement fourrager et utiliser les superficies restantes pour la production de maïs-grain et soya.

En faisant davantage usage de maïs ensilage, il devient opportun grâce à notre climat d’intégrer une double culture dans nos rotations. Une
double culture peut être envisagée en prévision de nourrir les sujets de remplacement ou pour pallier des manques de fourrages. Plusieurs
producteurs choisissent de semer du seigle d’automne à la suite de la récolte du maïs ensilage pour alors le récolter au printemps suivant, à la
mi-mai. C’est un fourrage économique car le coût de la semence n’est pas très élevé et il permet d’obtenir un fourrage de qualité pour les taures avec des niveaux de protéine brute en moyenne de 15 % et une énergie de 1.30 Mcal/kg. Cette dernière se compose de plusieurs avantages agronomiques; elle est très tolérante au froid et procure un couvert végétal intéressant en réduisant les effets de l’érosion tout en faisant compétition aux mauvaises herbes et en procurant plus de gain sur la récolte dans la même année.

D’après les rendements des quatre dernières années démontrées dans les exemples ci-dessus, nous pouvons soulever que le rendement des
fourrages a une très grande incidence sur leurs coûts de production. Bien qu’il existe plusieurs solutions pour pallier un manque de
fourrages (référence Option dépannage, page 6), chaque situation doit être traitée individuellement.

Considérant les résultats chez certains de nos clients qui font partie de groupement de gestion, il s’avère plus avantageux selon nous de bâtir des rations à partir du maïs ensilage que nous pouvons obtenir en abondance à moindre coût. À vous de calculer combien vous coûte de produire vos fourrages. Suite à cet exercice, vous serez en mesure de déterminer s’il est plus avantageux économiquement d’acheter son fourrage que de le produire. Pour les années où le prix est très bas, ou pour les petites exploitations, il pourrait même être plus rentable pour le producteur d’acheter ses besoins en fourrage pour l’année.

N’hésitez pas à en parler à votre expert-conseil.